“On doit rentrer collectivement dans une logique de sobriété. On va préparer un plan pour se mettre en situation de consommer moins. […] On va essayer de faire attention collectivement, le soir aux éclairages quand ils sont inutiles, on va faire un plan pour les administrations publiques, on va faire un plan de sobriété dans lequel on va demander à tous nos compatriotes de s’engager, et on va faire un plan de sobriété et de délestage – c’est de gaz et d’électricité dont on parle là – avec nos entreprises.”

Emmanuel Macron, interview du 14 juillet 2022

Ces mots sont ceux du président de la République, interviewé le 14 juillet. Face à la crise énergétique qui s’annonce cet hiver, Emmanuel Macron propose un plan de sobriété dont les détails qui ne sont pas encore précisés consisterait à inciter les particuliers et entreprises à éteindre les lumières le soir et à baisser les thermostats des radiateurs, sous-entendant des consommations individuelles irresponsables.

Aujourd’hui, 12 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique et 1 français sur 5 n’a déjà pas les moyens de se chauffer en hiver.
Ces personnes ne font pas le choix de surchauffer leur logement, ces personnes n’ont pas d’autre choix que de couper leur radiateur. Ces personnes qui sont contraintes de vivre dans ces logements sont déjà contraints à la sobriété, comme les personnes modestes qui ont une attention particulière à leur dépense énergétique.

La rénovation énergétique des bâtiments est une réponse pérenne à la crise énergétique, aujourd’hui, de la guerre en Ukraine, demain au réchauffement climatique.
L’Etat incite aujourd’hui les ménages à rénover leur logement avec le dispositif Ma Prim’Rénov.
Le chef de l’Etat se félicite d’avoir permis, grâce à Ma Prim’Rénov, la rénovation de 700 000 logements. Or, pour la majorité il s’agit de mono-gestes qui n’aboutissent pas à une rénovation globale et performante du logement.

Le bilan du 1er semestre de 2022, qui permet de faire le décompte des travaux de rénovation financés par l’Etat, vient de paraître.

La plus grande part d’aides allouées par l’Etat concerne des rénovations bénéficiant de Ma Prim Rénov, cela représente pour le 1er semestre 2022, 318 429 dossiers financés de janvier à mars 2022. Le top 3 des gestes de travaux présente des changements de système de chauffage, des mono-gestes qui ne sont pas efficaces.

Le deuxième dispositif, Ma Prim Rénov sérénité, l’aide à la rénovation globale des logements pour les propriétaires occupants aux revenus modestes et très modestes, quant à elle, n’a permis de financer seulement 15 522 travaux. Le montant de l’aide allouée reste quant à lui parfois insuffisant pour certains ménages modestes puisqu’il est de 3 256€ pour des travaux moyens de 11 306€, ce qui demeure élevé.

Le document de présentation ne fournit aucun chiffre sur les rénovations globales : ce qui montre bien que ce n’est pas la priorité du dispositif à inciter les propriétaires à réaliser des travaux de rénovation globale et performante. De même, les bénéfices énergétiques et environnementaux de ces travaux ne sont pas évalués.

Alors que nous nous trouvons contraints par les conséquences de la guerre en Ukraine de modifier notre consommation d’énergie, seules des solutions d’urgence temporelles et provisoires sont envisagées sans y répondre de front à par des solutions pérennes qui seraient une première amorce à la transition écologique nécesssaire.

Condamné deux fois pour inaction climatique, l’Etat est encore aujourd’hui sommé par le Haut Conseil pour le Climat à agir d’urgence. Valérie Masson-Delmotte pointe que l’ “on trottine lentement derrière un climat qui change vite. L’action se met en place […] mais elle n’est pas à la hauteur […] on réagit après coup et on gère crise après crise au lieu d’anticiper.”

Mettre en place l’obligation de rénovation énergétique globale et performante du parc immobilier français d’ici 2040, élaborer un système de financement simple et progressif prenant en charge l’intégralité des travaux pour les propriétaires les plus modestes est la mesure que nous proposons.
C’est une des mesures de la Convention Citoyenne pour le Climat.
Elle représente un investissement de 13 milliards d’euros par an.

Le coût social des passoires thermiques est aujourd’hui estimé à 10 milliards d’euros par an.

Cette mesure permet de réduire les émissions du secteur qui représentent aujourd’hui 20% d’émissions de gaz à effet de serre.

Nous pouvons engager une réelle transformation de notre société où la sobriété n’est pas le synonyme de sacrifices pour les plus modestes mais l’opportunité de pouvoir mieux vivre.

Sources :

https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/sante-la-renovation-energetique-pourrait-faire-economiser-10-milliards-deuros-par-an-1401002

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/07/16/on-trottine-lentement-derriere-un-climat-qui-change-vite_6135018_3244.html

https://www.anah.fr/fileadmin/user_upload/Reporting-MPR_filiere_1er-trimestre22.pdf

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