Nous sommes venus vous parler d’une bataille invisible.
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Ça fait des mois que nous ne vous avions rien envoyé. Pas un mail de Dernière Rénovation, pas un de Riposte Alimentaire. Assez longtemps pour que certain.es d’entre vous nous écrivent pour demander si on continue de se battre.
Et bien oui, en concentrant nos forces ailleurs. Dans les commissariats, dans les salles d’audience, au téléphone avec des avocat.es, à remplir des dossiers, à accompagner des gens convoqués pour la troisième fois en un an. Nous avons concentré nos forces à remporter des victoires majeures dans les tribunaux. Et vous savez quoi, ça a marché. Comme par exemple la Cour de cassation, plus haute juridiction pénale française, qui a reconnu le 14 janvier 2026 qu’un blocage pacifique, limité dans le temps, portant sur un sujet d’intérêt général comme le dérèglement climatique, relève de la liberté d’expression et de réunion. C’est une jurisprudence importante, et elle servira à tous ceux qui viendront après nous.
Mais avant de vous expliquer pourquoi nous vous écrivons aujourd’hui, reprenons depuis le début. Après des mois de silence, on vous doit bien un récapitulatif.
2022 : Rénover tous les logements, vite.
Quand Dernière Rénovation se lance, la demande tient en une phrase : un vrai plan de rénovation thermique des bâtiments. Pas un dispositif foireux de plus, pas une prime illisible et inefficace. Un plan massif et ambitieux, à la hauteur de l’urgence climatique et sociale.
La campagne s’appuie sur un constat simple et glaçant: 20 % des émissions de gaz à effet de serre françaises viennent du résidentiel et du tertiaire. 12 millions de personnes vivent en précarité énergétique. Chaque année, des milliers de personnes paient de leur santé le fait d’habiter une passoire thermique. Le gouvernement le sait, mais ne fait rien.
Alors des gens ordinaires sont entrés en résistance civile non-violente. Sur le périphérique parisien au petit matin. À l’Assemblée nationale. Sur le court de Roland-Garros. Sur la route du Tour de France. Devant Matignon, Bercy, le ministère de l’Écologie. Au Panthéon, à l’Opéra Bastille, en plein match de rugby. Partout où le pays regarde et où le pouvoir se montre.
L’idée n’a jamais été de plaire. On voulait rendre le sujet impossible à contourner.
Résultat : pendant près de deux ans, la rénovation thermique est restée dans le débat public, et l’Assemblée nationale a fini par voter une enveloppe historique de 12 milliards d’euros. Un vote que le gouvernement a effacé à coups de 49.3. Face à l’urgence, il a préféré le passage en force.
Ce que Dernière Rénovation a prouvé, malgré tout, c’est qu’un groupe de citoyen.es organisé.es peut imposer une revendication à un pays entier et créer un vrai rapport de force.
Janvier 2024 : On ne se nourrit plus, on survit.
De la fin de Dernière Rénovation, une nouvelle campagne voit le jour : Riposte Alimentaire. Avec la même méthode, mais sur un autre sujet, tout aussi important : une Sécurité sociale de l’alimentation durable.
Concrètement, il s’agit d’une carte d’alimentation de 150 euros par mois et par personne, un conventionnement démocratique des produits, un système de cotisation juste. L’objectif est que chacun.e puisse manger correctement, et que les paysans et paysannes soient enfin payés dignement pour ça.
Là aussi, les raisons d’agir sautaient à la figure. En France, une personne sur trois ne mange pas trois repas par jour faute de moyens. Deux tiers de l’inflation alimentaire s’expliquent par les profits excessifs de l’agro-industrie. Un paysans se suicide tous les deux jours. Et 30 % de notre empreinte carbone vient de notre assiette.
La campagne a porté ce sujet dans le débat public, créant une place dans l’imaginaire politique. Cette idée, autrefois marginale, est devenue une proposition parlementaire et est désormais une politique publique de candidat·es à la présidentielle.
Et en juillet 2024, après 197 actions en 26 mois, mobilisant 1 173 citoyennes et citoyens, les campagnes s’arrêtent. Épuisées. Mais la répression, elle, continue : des dizaines et des dizaines de procès demandant des amendes et de la prison ferme pour des citoyens et citoyennes ayant alerté sur l’ampleur de la crise climatique. Voilà ce que notre pays choisit à ce moment de l’histoire. Ce sont les gens qui ont alerté qui se retrouvent devant les tribunaux, pas ceux qui ont laissé faire.
Ce qui a changé
Ces deux campagnes ont mis l’urgence là où le pouvoir voulait l’étouffer. Elles ont ouvert un espace politique qui n’existait pas.
Elles ont aussi déclenché une répression judiciaire d’une ampleur nouvelle. Gardes à vue, procès, appels, condamnations. Il a fallu encaisser, suivre chaque dossier, soutenir chaque personne poursuivie, et regarder lucidement le moment politique dans lequel on est entré.
C’est ça, notre silence : un travail invisible, long, épuisant, et qu’il fallait faire.
Aujourd’hui, le terrain principal du combat, c’est le tribunal. Par nécessité. Et pour mener ce combat. Nous avons besoin de vous.
Dans le prochain mail, on vous expliquera précisément ce qui va se jouer très bientôt dans les tribunaux, et ce qu’on prépare.
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